Le Journal · Savoir-faire
Il faut imaginer Fès au Xe siècle. Dans les ateliers de la médina, des artisans découpent une à une, au marteau taillant, de petites pièces de terre cuite émaillée. Chacune s'appelle un furmah. Assemblées, elles composent des étoiles, des rosaces, des entrelacs qui semblent se déployer à l'infini. C'est le zellige — littéralement « petite pierre polie » — et il n'a presque pas changé depuis mille ans.
Le zellige n'est pas un simple décor. Derrière ses motifs se cache une science de la géométrie que les mathématiciens étudient encore : rotations, symétries, pavages parfaits du plan. Les maîtres artisans — les maâlems — apprennent pendant des années à composer ces figures sans jamais les dessiner : la géométrie se transmet de main en main, de génération en génération.
C'est cette rigueur qui donne au zellige sa présence si particulière. Un motif de zellige n'est jamais approximatif : chaque étoile à huit branches, chaque rosace de seize pièces obéit à une logique exacte. L'œil le perçoit sans le savoir — c'est ce qui rend ces surfaces si apaisantes à contempler.
On le retrouve sur les fontaines des riads, les colonnes de la mosquée al-Qarawiyyin, les murs des palais de Marrakech et de Meknès. Longtemps réservé aux édifices religieux et royaux, le zellige s'est peu à peu invité dans les maisons, puis, ces dernières années, dans les intérieurs du monde entier : crédences, salles de bain, sols. La tendance « zellige » que l'on voit partout dans la décoration contemporaine n'est que la redécouverte d'un art millénaire.
Chez ITRI, nous ne prétendons pas fabriquer du zellige — ce privilège appartient aux maâlems de Fès. Nous dessinons d'après lui. Chaque motif de nos collections part d'une composition traditionnelle, redessinée à la main pour épouser un objet contemporain, puis imprimée en haute définition sur des coques pensées pour durer. La géométrie reste exacte ; seule l'échelle change. Le bleu profond d'une coque Bleu Nuit ou la trame étoilée d'une Kora N°10 descendent en droite ligne d'un motif né dans un atelier de Fès.
Mille ans après les premiers ateliers de Fès, le zellige continue de voyager. Simplement, il tient désormais dans une main.
Il vient de l'arabe zellij, « petite pierre polie ». Le terme désigne la mosaïque marocaine de carreaux de terre cuite émaillée, taillés un à un au marteau puis assemblés en motifs géométriques.
Les azulejos portugais et espagnols sont des carreaux peints, souvent figuratifs et de grand format. Le zellige est une mosaïque : des tesselles taillées à la main puis assemblées en compositions géométriques. Les azulejos descendent d'ailleurs des techniques mauresques arrivées en péninsule Ibérique.
À Fès, les médersas Bou Inania et al-Attarine en offrent des exemples éblouissants. On peut aussi citer le palais de la Bahia et les tombeaux saadiens à Marrakech, ou la mosquée Hassan II à Casablanca.
Oui. À Fès notamment, les maâlems perpétuent la taille manuelle des furmah ; la formation d'un maître artisan prend des années. C'est ce savoir-faire vivant qui inspire les motifs des collections ITRI.
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